« Ta parole est une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier.»
Le psaume 119 est le plus long chapitre de la Bible : 176 versets.
J’avais envie de l’étudier car il présente une particularité étonnante :
il est organisé en 22 sections de 8 versets.
Chaque verset de chaque section débute par une des 22 lettres de l’alphabet hébreu.
Par exemple, les 8 premiers versets du Ps 119 débutent par la lettre Aleph (la 1ère lettre de l’alphabet), les 8 versets suivants débutent par la lettre Beth, la 2ème lettre de l’alphabet hébreu.
Il est clair qu’il a été conçu pour faciliter la mémorisation. Le terme technique littéraire se nomme acrostiche.


« Heureux ceux dont la conduite est intègre, ceux qui marchent suivant la loi de l’Éternel !
2 Heureux ceux qui gardent ses instructions, qui le cherchent de tout leur cœur,
3 qui ne commettent aucune injustice et qui marchent dans ses voies !
4 Tu as promulgué tes décrets pour qu’on les respecte avec soin.
5 Que mes actions soient bien réglées, afin que je respecte tes prescriptions !
6 Alors je ne rougirai pas de honte devant tous tes commandements.
7 Je te louerai avec un cœur droit en étudiant tes justes sentences.
8 Je veux respecter tes prescriptions : ne m’abandonne pas totalement ! »
On est frappé tout de suite, si l’on connait le nouveau testament et l’enseignement de Jésus par la similitude avec ce que l’on appelle les béatitudes, le sermon sur la montagne. Qui commence par Heureux….
Si le plus grand enseignement de Jésus commence ainsi, par Heureux, ce n’est sans doute, pas pour rien.
La lettre Aleph est la lettre du commencement, de la source, de l’unité.
Les valeurs qui sont mises en avant sont : fidélité, intégrité, obéissance. Mais ce qui transparait, dans la finalité, c’est la notion de relation. Obéissance oui, mais celle qui vient du coeur.
Ce qui ressort à mon avis aussi, c’est un esprit d’humilité, le désir du psalmiste est de vouloir y arriver mais pas avec ses propres forces, mais avec l’aide de Dieu. « Je veux respecter tes prescriptions : ne m’abandonne pas ».
Les Pharisiens et docteurs de la loi, du temps de Jésus ont voulu suivre la loi, mais ils ont oublié le coeur.
Quelle est notre motivation, pour vouloir être intègre et juste dans notre vie de tous les jours ?
Si notre cheminement s’écarte de la bonne raison, la religiosité nous guette et peut même éloigner les autres d’une recherche sincère de Dieu.

Comment le jeune homme rendra-t-il pur son sentier ? En se conformant à ta parole.
10 Je te cherche de tout mon cœur : ne me laisse pas m’égarer loin de tes commandements !
11 Je serre ta parole dans mon cœur afin de ne pas pécher contre toi.
12 Béni sois-tu, Éternel, enseigne-moi tes prescriptions !
13 De mes lèvres j’énumère toutes les sentences que tu as prononcées.
14 J’ai autant de joie à suivre tes instructions que si je possédais tous les trésors.
15 Je médite tes décrets, j’ai tes sentiers sous les yeux.
16 Je fais mes délices de tes prescriptions, je n’oublie pas ta parole.
La lettre Beth a pour signification la notion de Maison, d’espace personnel, d’intériorité.
La forme du premier verset est assez originale, elle commence par une interrogation. Et tout de suite suivie de sa réponse. Pourquoi une personne jeune ?
La vie est un sentier, autant commencer tôt pour suivre les bonnes dispositions. (cela ressemble aux premiers passages du livre des proverbes, « mon fils ne te met pas en chemin avec eux, écarte ton pied de leur sentier » Prov 1 v.15).
On retrouve le principe d’humilité : « ne me laisse pas m’égarer loin de tes commandements « , difficile d’y arriver tout seul.
Il y a l’idée de combat permanent : comment rester pur, de serrer la parole sur notre coeur afin de ne pas pécher contre Dieu.
On retrouve la notion de coeur : « Je te cherche de tout mon coeur. » Tout cela ne marche pas si notre coeur est éloigné.
Et d’ailleurs, les 3 derniers versets ne parlent que du plaisir d’être proche de cette parole qui vient de Dieu.
C’est un trésor, elle nous dirige, c’est un délice.
La forme des 2 derniers versets est merveilleusement poétique et sa structure littéraire se retrouve à plusieurs endroits dans les psaumes. On appelle cela un parallélisme synthétique ou progressif.
(Robert Lowth – Bibliste érudit : XVIIIe siècle)
Cette forme littéraire de progression spirituelle est unique, on ne la trouve pas dans les littératures antiques, grecques ou proto iranienne.
Une affirmation : « je médite tes décrets », une réponse : « J’ai tes sentiers sous les yeux ».
« je fais mes délices de tes prescriptions » une réponse : « je n’oublie pas ta parole ».
La réponse ressemble à l’affirmation mais avec une légère progression.
Il y a bien une progression spirituelle et une promesse.
On est bien dans un processus intérieur. (Beth).
Une écriture du nouveau testament me vient tout de suite à l’esprit : Hébreux 4 v.12
« En effet, la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante que toute épée à deux tranchants, pénétrante jusqu’à séparer âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. »

Fais du bien à ton serviteur, pour que je vive et que je me conforme à ta parole !
18 Ouvre mes yeux, pour que je contemple les merveilles de ta loi !
19 Je suis un étranger sur la terre : ne me cache pas tes commandements !
20 Mon âme est rongée par le désir qui la porte constamment vers tes lois.
21 Tu menaces les hommes arrogants, ces maudits qui s’égarent loin de tes commandements.
22 Décharge-moi du déshonneur et du mépris, car j’observe tes instructions.
23 Des princes ont beau siéger pour parler contre moi, ton serviteur médite tes prescriptions.
24 Tes instructions font mon plaisir, ce sont mes conseillères.
La lettre Guimel, a pour origine le mot Chameau, (Gamal), elle manifeste la notion de mouvement, de générosité, ou de venir en aide à quelqu’un.
Cette section débute par une injonction à l’impératif comme une supplication pour demander à Dieu d’agir et de venir en aide au psalmiste. Cette forme littéraire n’était pas présente dans les 16 premiers versets, on va la retrouver souvent dans la suite de ce psaume 119.
« Fais du bien à ton serviteur, Ouvre mes yeux, Ne me cache pas tes commandements. »
Puis vient un autre thème : la protection. « Décharge-moi du déshonneur et du mépris « .
Pour les habitués de la bible, on y retrouve des tournures de phrases que l’on retrouve souvent dans les psaumes de David ou d’autres psalmistes : des supplications, des demandes, des prières afin que Dieu agisse.
Ici vis à vis des incroyants, et aussi des puissants. « Des princes ont beau parler contre moi ».
L’on va retrouver dans les sections suivantes du psaume 119, une structure similaire avec une fin de section se terminant souvent sur une note positive comme ici : « Tes instructions font mon plaisir » , pour nous rappeler les bénédictions liées à la lecture, la fidélité et surtout l’attachement de coeur à la parole de Dieu.

Ta parole est une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier.
106 Je jure, et je tiendrai ma promesse, de respecter tes justes sentences.
107 Je suis profondément humilié. Éternel, rends-moi la vie conformément à ta parole !
108 Accueille favorablement les sentiments que j’exprime, Éternel, et enseigne-moi tes lois !
109 Ma vie est constamment en danger, mais je n’oublie pas ta loi.
110 Des méchants me tendent des pièges, mais je ne m’égare pas loin de tes décrets.
111 Tes instructions sont pour toujours mon héritage, car elles font la joie de mon cœur.
112 Je pousse mon cœur à mettre tes prescriptions en pratique, et ce toujours, jusqu’à la fin.
Je finirai avec la partie la plus connue du psaume 119, à partir du verset 105. « Ta parole est une lampe à mes pieds et une lumière sur mon sentier. »
Ma femme et moi, nous sommes dans un club de danse tous les mardis soirs, et quand nous finissons la plupart du temps, il fait nuit. Il y a un passage non éclairé pour retrouver le parking et notre voiture. J’utilise toujours la lumière de mon smartphone pour discerner les marches qui mènent au parking, je l’oriente toujours vers le bas, pour ne pas tomber. « une lampe à mes pieds ».
Oui, la Bible n’est pas un gadget, elle est pour ceux qui la pratiquent, un instrument de salut, de vie, de plénitude.
La lettre Noun symbolise la vie, l’âme humaine (Nefesh).
Ce qui me touche dans cette section, c’est le rappel par le psalmiste que la vie n’est pas facile. « Je suis profondément humilié », « Ma vie est constamment en danger », « Des méchants me tendent des pièges ».
Malgré cela et peut-être pour cela, le psalmiste n’oublie pas et reste fidèle à ses engagements.
Pour revenir sur la notion d’âme humaine liée à la lettre Noun, le verset 108 est vraiment intéressant.
« Accueille favorablement les sentiments que j’exprime, Éternel »
Est ce que Dieu s’intéresse à ce que l’on ressent ou il est juste à l’affut de savoir si on obéit à ses commandements ?
En arrivant à la moitié du psaume 119, l’on est bien obligé de conclure que c’est bien une relation que Dieu désire avec nous et non un contrat uniquement.
Qu’est ce qui pourrait nous faire croire le contraire ?
Toutes les ordonnances et les recommandations, les prescriptions nombreuses comme un mur entre lui et nous.
Des lois, des dogmes, des interdits.
Aujourd’hui avec le post modernisme et le désir à outrance de liberté, ce n’est pas un mur mais un océan qui pourrait nous séparer de Dieu.
Mais le psalmiste nous rappelle que la bible est une lampe qui nous guide pour notre plus grand bien, qu’elle répond aux besoins du tréfonds de notre âme, que nos sentiments peuvent trouver écho, là ou la vie moderne, matérialiste et dénuée de sens profond
ne trouve que des impasses.
Le chemin de nos vies est semé d’embuches et comme une carte de randonneur dans une contrée sauvage et dangereuse, avec beaucoup de recommandations, la bible éclaire notre route pour arriver à bon port.
Elle est comme un miroir pour notre âme, elle ne répond pas toujours spontanément à nos questions, car elle nous questionne aussi , nous demandant assez souvent : Qui est tu Etranger, toi qui vient réveiller la source qui dort ?
Je vous invite si votre coeur y est, à méditer sur les 18 autres sections de ce psaume merveilleux et même de mémoriser certains versets qui vous tiennent à coeur.
Au fait, le psaume 119, le chapitre le plus long de la bible, contient 22 sections et 21 fois le mot coeur.
